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Choisir l'Europe pour se former

L'édito du mois par Olivier Faron, secrétaire général d'EAM et administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers.

Olivier Faron, secrétaire général d'EAM et administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers.

Le choix de l’Europe devrait être une évidence, a fortiori pour se former. Parmi les succès incontestables de la construction européenne, figurent en effet l’enseignement supérieur avec le programme Erasmus mais aussi la recherche, incarnée par exemple par l’action de l’European Research Council. Pourtant, une certaine frilosité se manifeste. Frilosité des jeunes parfois attirés par d’autres destinations, pour de plus ou moins bonnes raisons. Frilosité aussi des responsables d’organismes de formation qui mettent souvent le cap sur l’Asie ou sur l’Afrique avant d’avancer avec nos amis et voisins de notre Continent. Fort heureusement, des messages viennent appuyer l’ambition européenne dans le domaine de la formation. C’est le cas du lancement des universités européennes, fortement appuyé par le Président de la République. Rappelons aussi le demi-siècle de la loi sur la formation professionnelle portée par ce grand Européen qu’a été Jacques Delors.

Si la dimension académique et scientifique s’inscrit dans un horizon européen, il reste à faire de même pour les enjeux professionnels. Cela suppose bien sûr de résoudre des difficultés techniques voire politiques : c’est le défi que relève au quotidien l’équipe très dynamique d’Euro App Mobility, sous la présidence de Jean Arthuis. Mais l’Europe des métiers est aussi affaire d’attractivité et donc de conviction partagée, entre formateurs et apprenants, entre institutions de tous les pays de l’Union. C’est une tâche de longue haleine mais exaltante car elle repose sur la valorisation de nos atouts mutuels, de nos savoir-faire propres, en définitive de notre identité profonde d’Européens. Raconter notre plus-value collective renvoie à la nécessité d’un benchmark de haut niveau. Partir et saluer les bonnes pratiques où qu’elles se trouvent et s’appuyer sur elles pour acculturer la jeunesse aux défis qui l’attendent.

L’Europe est en effet un formidable réservoir de ressources, souvent méconnues et généralement peu exploitées. De par son extraordinaire diversité, l’Europe doit être lue comme une mosaïque de pratiques professionnelles pertinentes. Cela suppose la convergence de deux objectifs : raconter la plus-value apportée par une manière d’exercer un métier ; la transformer en un bagage de formation. Certains secteurs professionnels rétrécissent parfois leur horizon, notamment quand ils renvoient à des entreprises principalement ancrées dans un territoire national, autour de métiers insuffisamment reconnus. Et pourtant, il suffit de creuser un peu pour voir que par exemple le secteur des services est en train d’être révolutionné dans les pays du Nord de l’Europe ou que le domaine du vêtement ou des accessoires de mode est devenu une marque de fabrique de l’Espagne ou de l’Italie. Chaque acteur de chaque métier doit être convaincu de l’importance de se frotter à une autre culture, en allant en Europe ou en recevant un jeune Européen car la réciprocité est bien sur une condition sine qua non. Faire de l’Europe des compétences l’arrière-fond de la relance, permettant de renforcer les métiers en y préparant des jeunes aguerris à l’ouverture internationale et curieux de la meilleure manière de réussir un projet, leur projet.

Olivier Faron

Secrétaire général d'EAM et Administrateur général du CNAM